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Crash d'Air-Glaciers

Introduction

Entretien avec Jo Pouget, chef pilote d'Air-Glaciers

La reconstitution supposée du drame


CRASH D'AIR-GLACIERS
«Une erreur humaine peut arriver à chacun»
Traitement de faveur dans le tri des blessés? Lenteur des secours? Causes possibles du drame? Jo Pouget, chef pilote d'Air-Glaciers, a accepté de répondre aux questions de L'illustré.

Propos recueillis par Jacques Briod, Jean-Luc Barmaverain (photo)
4 octobre 2000


Les secours sont-il arrivés très tard, comme le disent les touristes indiens?

J'étais en vol dans la région du Sanetsch quand j'ai reçu l'alarme, à 16 h 34. Je suis arrivé à Beuson exactement dix minutes plus tard, presque en même temps que le premier véhicule médicalisé, avec son médecin et ses deux sauveteurs. En hélicoptère, dans ces circonstances, nous traversons les murs, comme on dit. Et, en voiture, pour faire dix minutes de l'aéroport à Beuson, même en faisant hurler les sirènes, il faut être très rapide. L'essentiel des secours était là dans les vingt minutes qui ont suivi l'alarme.

Le pilote blessé du Bell Jet-Ranger a-t-il été secouru avant les trois autres blessés qu'il y avait à bord de son hélicoptère?

C'est le contraire qui est arrivé. Je l'ai vu de mes yeux être embarqué en dernier par l'ambulance. Ses blessures ne nécessitaient pas de transport héliporté. Mais une des personnes indiennes les plus touchées, une jeune femme, a, elle, été évacuée par hélicoptère.

Les Indiens prétendent qu'on ne les a pas attachés pour faire ces vols, était-ce le cas?

Je ne peux pas vous répondre. La loi exige que les passagers soient attachés et je demande à mes pilotes de la respecter. J'ose espérer qu'ils le font.

Les Indiens vous reprochent d'avoir choisi un lieu d'atterrissage et de décollage difficile. Un terrain de football, entouré de pylônes d'éclairage.

C'est l'un des terrains les plus faciles qui soit. C'est sur ce genre d'endroit que les jeunes pilotes se font la main. Sur une telle surface, nous pouvons sans problème poser cinq ou six appareils. Rien de commun avec les missions plus difficiles que nous effectuons habituellement, un sauvetage contre une paroi rocheuse par exemple.

Les touristes indiens sont arrivés avec une heure et demie de retard pour ces vols héliportés. Vos pilotes ont-ils accéléré la cadence pour rattraper le temps perdu?

Non. Les vols ont eu la durée habituelle, cinq minutes en l'air et environ deux minutes au sol pour le changement de passagers. Le fait que certains pouvaient être privés de vol à cause de ce retard ne me préoccupait pas outre mesure.

Après le transport des secours sur place, qu'avez-vous fait?

Je suis venu près de l'Alouette III et j'ai vu les corps sans vie des touristes indiens puis de mon collègue Marc Schnider. Je vous assure que, dans un moment comme celui-ci, on a envie de se prendre la tête dans les mains et de tout arrêter. J'ai ensuite été vers l'épave de la deuxième machine.

Vous avez pu interroger le pilote survivant, Christian Rosat, sur les circonstances de l'accident?

Pas sur le moment, mais le lendemain, en allant lui rendre visite à l'hôpital.

Et qu'est-ce qu'il vous a dit?

Il était encore choqué, mais il semblait plutôt content de nous voir. Il m'a raconté ce dont il se souvenait. Il se rappelait qu'à 16h 30 il s'était annoncé en final aux assistants de vol (ndlr: dernier stade avant l'atterrissage) alors qu'il entendait son collègue Marc s'annoncer en approche. Et puis, soudain, il a entendu un bruit de turbine et ce fut la collision. Les pales de l'Alouette ont dû couper la queue de son appareil, parce qu'il m'a dit être parti en toupie, avant de miraculeusement toucher le sol sur les patins. C'est ce que me laissent croire les traces que j'ai relevées sur le terrain. L'Alouette, elle, est tombée comme une pierre, et s'est écrasée à l'envers...

Venons-en aux causes possibles de la catastrophe. Il y a eu un problème technique?

Il peut y avoir, en gros, deux genres de problèmes techniques: la turbine ou une panne de commandes de vol. Si l'hélicoptère peut encore se poser normalement en cas de panne de turbine, il devient parfaitement incontrôlable en cas de rupture de commandes. Or, aucun témoignage ne va dans ce sens.

L'éblouissement dû au soleil?

Compte tenu de la position du soleil et des hélicoptères au moment du choc, c'est possible pour le pilote de l'Alouette, impossible pour le pilote du Bell Jet-Ranger 206. Et cela n'explique pas pourquoi l'Alouette se trouvait à cet endroit.

Alors une erreur humaine?

C'est le rapport d'enquête qui répondra à cette question. Mais une erreur humaine est quelque chose qui peut arriver à chacun.

Et que va-t-il se passer maintenant?

L'enquête est à présent menée par le Bureau fédéral d'enquête sur les accidents d'aviation, qui ne dépend pas de l'Office fédéral de l'aviation, mais directement du secrétariat général du département de Moritz Leuenberger. Le travail va être long. Ils doivent analyser les débris, les carcasses, les témoignages, confronter tout cela. Une enquête comme celle-ci prendra une douzaine de mois.

A l'heure qu'il est, comment vous sentez-vous?

Plus ou moins bien. Il y a eu des moments très durs. Perdre un camarade, voler à nouveau le soir de la catastrophe et, le lendemain, quand j'ai été enlever les épaves... Et puis il y a ces gens. Ils étaient venus ici pour se faire plaisir... L'atmosphère est très lourde. Je leur présente du fond du coeur toute ma sympathie.

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